Les Rayons d'Or de la Ligue : Rouen - Besançon - Dijon - Rouen en Cyclo Camping : Le récit de Patrick

 9 jours  De l’Enfer à la douceur de Vivre.

1450 km – le rayon d’or de Besançon – le Rayon d’or de Dijon.

Départ le 28 avril 2015 – le retour est prévu le 6 mai – une prévision- rien n’est certain, les intempéries, les soucis mécaniques, et bien d’autres désagréments vont faire de ce début de parcours une descente en enfer qui pour le fait portera ce nom le temps d’un récit.

4h30 du matin. C’est matinal, ça me va bien, moi qui jeune était un loir, je deviens un loup qui aime à ne pas trainasser au lit alors que l’envie de partir sur les routes se fait sentir la veille déjà. De bonne humeur je finis les préparatifs pour notre départ. Joie sincère, je vais rouler avec Jean Jacques. Je sais que je serais bien accompagné et qu’il s’est accommodé de mon tempérament parfois enflammé. Il est posé, je ne le suis pas, il sait diriger, je ne le sais pas, bref, on dit que les opposés s’attirent et là c’est bien le cas.

0001Le départ est prévu à 7heures tapantes à Rouen, nous allons nous offrir un voyage en cyclo camping et j’avale sans déplaisir un petit déjeuner copieux, équilibré, j’ai en tête les conseils de mes amis intervenants lors de la conférence sur la santé et la sécurité, j’en ais fais mon livre de chevet, je me prépare du mieux que je peux.

5h30 coup de fil de Jean-Jacques, le ciel s’obscurcit ou c’est une vision un peu plus noire de notre départ qui se profile : Une  pièce de fixation du porte sacoche a cassé et chacun ( e) sait qu’une sacoche pour partir en randonnée c’est essentiel, surtout pour ce genre de périple. 1450 km sans savoir si un ravitaillement sera possible, si les horaires correspondront aux creux que nous aurons à l’estomac pour continuer d’avancer. L’enfer semble bien vouloir nous ouvrir une trappe, une trappe que vont décider de refermer nos amis de VELHANO, leur boutique ouvre à 9 heures….

0007 1Je rejoins Jean-Jacques sur son lieu d’habitation, et nous partons ensemble pleins d’espoirs, mais la boule au ventre, surtout moi, qui suis le plus émotif des deux.          8h45 Olivier et Jérôme nous reçoivent, au moins pour eux, même si l’ouverture est annoncée un quart d’heure plus tard, l’amour du cyclotourisme et des vélos passe avant, ils nous prennent immédiatement sous leur aile protectrice. C’est beau, ça réchauffe le cœur. Finalement ça ferait taire ceux qui ébruitent de génération en génération l’adage qui veut qu’un Normand c’est aussi froid que les vikings d’antan. Jérôme joue du chalumeau allègrement, geste maitrisé, nous sommes bien conscient que tout ça c’est un métier, et olivier joue les mécanos, ce sont tous les deux des pros. Démontage- montage ; et en avant les copains droit devant !!!!!!!!!!!!!!!

0015 1Nous sommes sereins. La zen attitude est enfin retrouvée, et ça , ça signifie que nous partons du bon pied, il n’y a aucun problème qui ne peut se résoudre. Là je veux bien le croire. Nous pouvons nous diriger vers Rouen, pour prendre le départ du Rayon d’or de Besançon. 
Les 2 premières journées nous mènent vers le Sud Est de la France ou l’on peut retrouver de temps à autre le cours de la Seine - il suffit de la suivre
0034 1Un temps lumineux rendu pourtant froid par un vent qui nous empêche de porter une tenue d’été, voilà qui ne risque pas de nous trouver tout pantois et assoiffé, ou alors si d’un bon café brulant, qui vous coule dans la gorge comme un précieux breuvage et vous descend le long du corps pour ensuite lui apporter le réconfort tant attendu. Je peux vous assurer que ces sensations là, moi je ne les ressens que lors de randonnées ou lors des souvenirs qu’elles m’inspirent, mais vraiment ça n’a pas le même gout. Le café d’après l’effort, c’est comme la pâtisserie, la charcuterie et tous les mets que l’on peut imaginer.  Un gout de trop peu un gout du merveilleux. Passons.
Fin de deuxième journée nous sommes à Bray-sur-Seine.

01303ème jour matin, ensoleillé mais toujours frais- peut être aurais-je pu demander un sponsor à météo France,- j’aurais pu leur donner des informations sur le temps en mode réel, ça éviterait à ceux qui vont bosser de ne pas porter la bonne tenue. En voilà une bonne idée ! surtout pour mes amies qui me disent souvent «  on ne sait plus quoi porter ??? avec ce temps «  - petite aparté, l’appel est lancé, je peux devenir le reporteur cyclo rêveur, à la disposition du bulletin météo, en fonction de nos pérégrinations….
Fin de soirée , arrivée sur Chatillon sur Seine et là : l’enfer commence , pluie diluvienne, pas d’abris en vue, elle ne nous lâchera pas durant 48 heures, visibilité réduite, chaussée glissante, un parcours qu’on aurait plutôt aimer cauchemarder que vivre dans l’instant présent. .trempés – si on était comme le bon pain, là nous serions admis sur une table pour servir à ajouter dans une soupe un peu fade, mais en l’occurrence, nous sommes des pieds à la tête, comme deux pauvres êtres, tout simplement.

01274ème jour d’enfer. Il existe finalement aussi sur terre. Tiens donc. Toute la nuit nous avons pu entendre les gouttes s’abattent sur nos tentes, on s’est bien demandé si elles tiendraient le coup et si par un fameux hasard, quand on passerait le museaux dehors, toute la pluie restée sur le dessus de la tente n’allait pas nous servir de douche glacée pour bien compléter le tout. Je croyais qu’en enfer il faisait super chaud. Il faut croire que dans le supplice il y a du choix, ou tu es trempé et grelottant de froid ou tu cuis à  petit feu…au choix…..en fait là nous – franchement on avait rien demandé.
10 heures. Je me demande à quoi nous ressemblons, mais l’idée même de vous rapporter une photo ne me vient pas, nous n’y serions pas à notre avantage, et là c’est bien dommage que je ne l’ais pas faite , cette photo. On pose toujours le plus avantageusement possible, mais un cyclo trempé, qui cherche à se réchauffer et qui continue quand même coute que coute à avancer, vers une très jolie campagne du Nord de la cote D’or en Bourgogne, ça vaut le coup d’œil. Ça change. Et du changement c’est ce qu’il faut pour ne pas dépérir de vivre dans la routine…..
0151Un petit village un peu perdu dans cette campagne que nous avions vu se profiler, Recey-sur-Ource, et une personne au cœur débordant d’affection, en nous regardant, dans nos habits tout détrempés, nous aborde. Ouf , nous ne lui faisons pas peur. Elle nous propose de venir chez elle, sans chichis : » allez il faut se sécher, et votre courage pour traverser ainsi tout cet orage, c’est que ça me fait aussi chavirer : « - Comme nous sommes cauchois, on se montre un peu méfiant devant tant de gentillesse, on est fatigué aussi, alors évidemment, on se demande si «  nous partons pour un petit tour en enfer cette fois autour du feu de cheminée »- mais que nenni ! cette âme charitable et pleine de bonnes intentions fait partie de l’association «  WARN SHOWERS «  et comme il en est membre – il propose aussi de nous en dire plus sur cette dernière. Nous voilà rassurés. Comme quoi il ne faut pas se dire que derrière une telle gentillesse se cache un besoin ou un service à demander par la suite- il me faudrait une déprogrammation à ce niveau là, ah bah non finalement, j’ai dis un jour à une personne que j’étais du genre un brin couillon, j’offre facilement les tournées de mousse dès que je le peux, la pâtisserie qui ferait envie, bref, je n’attends rien en retour, mais néanmoins je n’en passe pas moins pour un «  gentil couillon » -Quelques adresses nous sont données des membres de l’association habitant sur la route de notre destination de fin de journée.
Sous la pluie battante, le répit a été de courte durée, nous arrivons au camping de Permes. Et l’enfer continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord. Le camping est fermé !
Heureusement un ange gardien comme Jean Jacques ne se laisse pas abattre, et comme je le sais – mais ça ne m’empêche toujours pas de le faire « taper du pied par terre, me rouler dans la gadoue en boudant, ça ne fera rien avancer du tout «  - donc Mon ange gardien, ,me montre un coin à l’abri. Patrick – sérieux quand est ce que tu vas réfléchir avant de grogner sans regarder tout ce que dame nature mets en évidence devant toi. Si j’avais la maitrise de mes sentiments comme Jean Jacques, moi-même je l’aurais peut être vu ce coin à l’abris. Saperlipopette. J’ai vraiment du tempérament !!!!
Une angoisse m’envahit, tout dégoulinant, je saisis le papier ou sont notés les contacts des personnes – membres de WARN SHOWERS qui pourront nous accueillir- c’est que le stylo ça s’efface sous la pluie, ça va être beau tout ça …..nous sommes quand même comme deux naufragés à la dérive, et j’arrive à composer un numéro. Il sonne dans le vide, le temps passe et je sens que décidemment je vais finir par croire à l’existence des marabouts, et que nous sommes des naufragés maudits. Mais non, La femme de  Christophe Ramaux nous réponds d’une voix enjouée, bien sur qu’ils peuvent nous héberger elle, son mari  et sa famille et mieux encore ils vont venir nous chercher si on le veut puisque nous sommes à 8 km de chez eux. De l’enfer à la douceur de vivre, nouveau départ, fini la poisse.
0157Nous décidons de ne pas attendre : la maison du bonheur de vivre nous attend, nos jambes nous portent comme dans un rêve. Le couple nous attend, ainsi que leurs quatre charmants enfants, ça fait du bien. Un bien fou ; surtout que nous avons devant nous un superbe feu de cheminée, un repas copieux et savoureux, du thé chaud, et que nous allons ensuite pouvoir dormir dans des draps frais, un vrai lit- en fait le luxe dans la vie c’est cela- que demander de plus ?
0165Nous pourrons partir à l’heure que nous le souhaiterons. Un petit déjeuner nous attendra. Inutile de faire dans les formalités, nos hôtes dormiront – une magnifique preuve de confiance et une attention qui est intense- notre confort et nous accueillir comme «  des membres d’une même famille » - j’en suis ému- touché- on écrit un petit mot- mais sous le coup de l’émotion, je crois que pour une fois, je n’ais pas trouvé les mots que j’aurais aimé écrire, et ces mots là je vais les ressasser, les écrire, les modifier, les réécrire à l’infini durant de nombreux kilomètres, un acte manqué que j’essaie comme vous pouvez vous en rendre compte de combler en écrivant ce fameux récit qui me tiens tant à cœur.
Nous repartons sur Besançon, qui signifie la fin du rayon d’or puis nous ne sommes pas sans passer par la Franche Comté à la chasse de nos BPF et du fameux fromage qui finira par alourdir un petit temps nos sacoches de 600 grammes de ce comté de 18 mois d’affinage qui ravira nos estomacs. Délice. Douceur de vivre.
Nous revenons dans le Jura à Dole par route forestière sans fin. Et c’est là que je percute de plein fouet un plot en plastique, certes, mais belle secousse. Cyclo rêveur ou avais je la tête ?  Chute spectaculaire, mais heureusement sans gravité pour moi et ma bécane, j’avoue j’ai d’abord vérifié l’état de ma compagne de route, moi c’est du solide, taillé dans la roche. Je ne risque pas grand-chose. Si on risque sa vie quand même. Je plaisante sur un moment qui aurait pu me causer un traumatisme crânien, et on sait combien on peut souffrir des chutes que l’on fait- mais pour moi c’est le seul moyen à ce moment là de ne pas trembler, et de pouvoir remonter en selle.

6ème jour. Pluie puis soleil – Pas facile de s’orienter dans une grande ville, mais encore une fois, et là je risque de le faire rougir, s’il venait à lire mon récit- mon ange gardien, qui déteste certainement être mis en avant sait me guider et nous faisons bonne route. Il a un sens de l’orientation- certain Jean Jacques est un excellent capitaine de route et moi je reste le cyclo rêveur qui arriverait même à se perdre dans son village si petit soit il ……
0306Après Beaune, direction plein Nord, on a un vent porteur, on roule bien, on roule vite, on se sent bien, et nous rattrapons un cyclo allemand qui a mis sa sacoche de vélo sur son dos en plus de son sac et tout un tas de trucs : le tout sur un VTT, c’est une belle rencontre, pour le coup j’ai  fait des  photos. Celle-ci ferra un beau souvenir. Je pense à l’escargot, lui aussi met tout sur son dos. Il a bien du courage et nous faisons route avec lui jusqu’à Dijon.
Dijon, les frites croustillantes, et la moutarde qui a bien failli  me monter au nez durant ce périple, me rassasie mais me calme surtout. Pour me calmer : pas besoin de tranquillisant : le tout avec une fourchette, ou même sans, ce qui se mange est le bienvenu et la tension descend, descend, et le bien être s’installe doucement.
Nous quittons la capitale de la Bourgogne avec un premier pointage du rayon d’or qui signifie aussi que nous allons désormais remonter vers notre belle Normandie «  j’irais revoir ma Normandie, c’es le pays qui m’a donné la vie…………. » il est content le Patrick après avoir englouti ses frites. N’hésitez pas – si un jour je vous tape sur les nerfs sortez le paquet de bonbons d’une marque bien connue, et je serais de nouveau tout sucre, tout doux et tout mignon.
La monté du plateau de Langres culmine a 470 m d’altitude, je vous le fais en danseuse, et là je mens impunément, parce que franchement j’ai super mal aux jambes, mais pour l’épate là, c’était pas mal. En rêve. J’ai mal aux jambes, les bourrasques n’arrangent rien, et coup de bol cette fois l’orage nous rate de peu. Camping municipal a quelques encablures de la source de la Seine, pourquoi se priver d’un camping, d’une douche chaude, et de sanitaires, en montant juste une tente, alors qu’un  peu de confort c’est l’assurance du réconfort- un voyage en cyclo camping c’est de là qu’il tient son nom.

04107ème jour,  il fait frisquet. Nous longeons la vallée d’Oze. Petit détour vers le Mont Auxois, on se dégourdi les jambes, on pense à Alesia. On ne va pas refaire l’histoire, ni vous la conter – On a toutes et tous encore dans nos têtes les cours d’histoires…..on avance.
Après avoir vécu l’enfer, sur des routes presqu’inondées, on arrive dans un endroit que j’affectionne aussi, c’est qu’on m’a toujours dit que je ressemblais à un irlandais, alors la bière si ça me connait !!!!! sur une terrasse, les pieds en éventails, voilà comment je conçois à cet instant la douceur de vivre. En repartant, nous pouvons constater que le Serein est sorti de son lit, il à envahit les jardins public et s’aventure mène jusqu’à la route que nous devons emprunter. L’eau effleure  nos sacoches un bref instant. Ce soir nous couchons sur les bords la rive droite de l’Yonne à Villeneuve-sur-Yonne.
La gardienne de camping nous informe que beaucoup de camping ont été évacué pour cause d’inondation, pour nous c’est bon mais ça fait un peu peur, l’Yonne est à la limite du bord.
Nous montons les tentes sur la partie haute du terrain sous un ciel menaçant.

03868 ieme jour, un fort vent Sud-Sud-Ouest est annoncé avec des rafales de vent à 80 km/heure, pour nous ce sera un vent de travers très dangereux pour nous les cyclo-campeur. A Fontenay sur Loing, la rivière déborde également, nous sommes obligés de faire un détour pour rejoindre Château-Landon car ici impossible de passer, au moins 40 cm d’eau coupe la route. De plus nous essayons un orage, heureusement il est de coute durée. 30 km dans l’enfer une nouvelle fois, nous somme maintenant dans les plaines de Seine et Marnes, il n’y a pas grand-chose pour ralentir les bourrasques de vent, je dirais même rien du tout. À plusieurs reprises nous frôlons la chute. Nous sommes soulagés d’atteindre la forêt de Fontainebleau à l’approche de Milly-la-Forêt en ile de France. Le terrain escarpé et forestiers coupe bien le vent et c’est ainsi que nous arrivons à Dourdan dans les Yvelines pour notre dernière nuit en pleine nature. Un beau couché de soleil pour faire de beau rêve.

9 ieme et dernier jour  de l’aventure.
Belle journée en perspective avec ce ciel bleu, mais toujours ce vent fort annoncé pour aujourd’hui. La traversée de l’ile de France se fait sans encombre, avec un passage fort agréable dans la haute vallée de la chartreuse ou l’on peu croiser de nombreux cyclistes. A la Chaussée-en-Ivry, nous retrouvons les routes de la vallée de l’Eure que nous avons de nombreuse fois emprunté  lors  de nos différents périples à vélo. Nous remontons l’Eure jusqu’à Louviers, c’est là que nos chemin se séparent -, Jean-Jacques rentre directement sur Caudebec-en-Caux en passant par Elbeuf et moi Pavilly en passant par Rouen pour la fin du rayon de Dijon mais avant cela nous prenons une bière pour seller notre aventure.

Je vais essuyer 3  gros orages avant de finir sous le soleil juste  à 2 km de Pavilly. Ultime défi, j’emprunte la côte du cimetière qui fait 12 % pour arriver chez moi.       

De l’enfer à la douceur de vivre, ce n’est pas encore cette fois, que ce cimetière m’accueillera malgré tous nos périples. Une pensée pour tous les cyclistes qui ont perdu la vie par amour de leur passion.

Patrick le cyclo-rêveur

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