Préparation du Paris-Brest-Paris : 300 Km de Rouen le 19/04 - Le récit de Patrick

Un 300 au goût doux amer.

La journée avait commencé par une bonne dose d’adrénaline puisque le matin se préparait au sein du Conseil Départemental la Conférence Sport Santé du 18 avril 2015- et tout devait être le plus parfait possible. Le gout de la perfection, certainement pas, mais un grand respect pour les intervenants et les invités qui pourraient se réjouir de cette opportunité d’apprendre, de comprendre, de se rassurer sur les «  bonnes conduites «  à tenir lors des randonnées, des Brevets…

0002Et de Brevet justement à la fin de cette journée, il allait en être question puisque le 300 nous attendait. Je m’y étais préparé. Dans mon esprit c’était clair, je pourrais décompresser en avalant les kilomètres de la pression que je m’étais mis en organisant cette conférence. Tout le monde avait semblé ravi, mais je n’arrivais pas à faire le point – c’était trop frais pour moi.

0006Comme le temps qui s’annonçait en ce début de nuit. 2 heures du matin. Je claquais  des dents, j’avais  froid, et je savais que la fatigue me retombait  sur les épaules. Mais il aurait été bien inutile de me demander de rester chez moi. Le 300 m’aiderait à passer à de nouveaux projets…à évacuer mon trop plein d’énergie. C’est amusant comme la fatigue, peut engendrer un sentiment de « colère «  de «  père grognon » et là je l’étais grognon et c’était bien loin d’être ma volonté. Un peloton d’une cinquantaine de randonneurs s’élançaient à présent, à travers Rouen, afin d’arriver au pied de la côte de Neufchâtel très pentue mais excellente pour remettre les idées en place. Je suis en route pour le brevet 300, je ne vais pas en perdre un seul instant, de plaisir partagé.

Nous gravissons la pente prudemment. Nos corps ne sont pas encore prêts à donner leur pleine puissance. Il faut doser l’effort. Je me pose la question : que penserait Daniel, notre ami conférencier, (Daniel Jacob) de la puissance que nous devions « envoyer » pour gravir les 6 à 7 % de la côte. ? Pendant que mes pensées retournent vers la conférence et son contenu, je me rends compte que j’ai trop sollicité la cylindrée…..Le fait est que lorsque l’on roule en groupe, on ne peut pas se permettre de faire tout et n’importe quoi en matière d’effort sportif, surtout lorsque l’on part pour une longue distance. Nous en avons déjà fait des brevets pourtant.200-300-400-600 l’an dernier, et cette année on remet ça avec bonheur, et cerises  sur le gâteau, le toutes Strasbourg qui aura lieu le dimanche 05 juin 2016, et avant cela le Paris – Brest- Paris.

Jean jacques emmène le groupe, bien soudé, sur un rythme tout en douceur. La nuit fraiche, nous pique les bouts des doigts et des pieds. Curieuse impression nous sommes au printemps, mais en Normandie il ne faut jamais se fier au temps, et c’est aussi ça qui nous l’a fait aimé «  ni tout à fait la même ni tout à fait une autre », comme une femme elle ne cesse de nous surprendre…..
Les grimpettes vont nous réchauffer. Mais pour le moment cette sensation de froid s’amplifie dans la vallée de la Varenne qui mène à Dieppe, peut être l’air marin souffle déjà pour nous avertir que nous arrivons vers le bord de mer, et ce sera là le lieu de notre premier contrôle.
0015A 5 heures du matin inutile de chercher un commerce ouvert, autrefois ça sentait bon le pain chaud, et les viennoiseries, le boulanger se levait pour sa fournée matinale et ne cessait son travail que lorsque tout était dans les rayonnages et que les clients pouvaient enfin venir chercher de quoi  s’ offrir un petit déjeuner en amoureux, autour de croissants bien frais, de pains  au chocolat croustillants  et d’un café fumant ou d’un chocolat crémeux, venir de bonne heure pour avoir le choix les  gâteaux «  du dimanche «  qui portent bien leur nom, ce jour là , ils paraissent beaux, généreux, et ils sont synonyme de convivialité partagée en famille. Quelle douceur. Quel doux rêve. Il y en a encore de ces petites boulangeries là, mais pour l’heure ce n’était pas le cas, et nous adressons donc pour valider notre passage une carte postale pour Gérard et Philippe, nos deux bienfaiteurs qui nous offrent ce beau 300 aux saveurs douces amères…

Nous longeons la côte d’Albâtre, en direction du Tréport, vent de face, pas besoin de le dire, ça ragaillardi son homme !  et en tant qu’homme je peux me permettre un arrêt bien plus compliqué pour nos amies cyclotouristes, un arrêt qui fait du bien après tout le café avalé la veille au buffet et qu’il faut bien le dire, me presse la vessie. Un cyclo fait de même et finalement nous repartons bien plus légers, ensemble. Lui devant et moi derrière, je vous rassure pour la bonne cause. Je préfère vu mon état de fatigue être dans la roue de ce cyclo fort sympathique, pour pouvoir calquer mes efforts sur les siens, plutôt que de ne plus savoir si je veux aller vite parce que je veux arriver au point suivant, ou si je vais rouler trop lentement parce que mes jambes et mon cerveau font le point différemment. Rouler en pensant, ce jour là c’était pas si marrant.

Amertume, point de douceur, au Tréport de nouveau pas de boulangerie ouverte, il est déjà 6h30, une seconde carte postale affranchie au Club du Rac  pour le contrôle, il faudra attendre pour que la destinée change le 300 en douceur, tout ce qui peut paraitre, à ce moment là , bien amer. Nous repartons sans notre dose de caféine, ils sont loin les thermos de café «  servis avec convivialité «  lors de la conférence. Mes hôtesses me l’ont promis pour le «  toutes à Strasbourg «  elles se donnent un objectif encore plus sympathique «  du fait maison pour les convivialités «  là elles avaient été un peu pris par le temps, mais à l’évocation de cette promesse, la douceur des saveurs à venir, me mettaient du baume au cœur…

Changement de cap, souvenirs qui s’effacent, il est temps de refaire surface, le vent est de coté, il faut s’en méfier, le soleil pointe le bout de son nez, et nous nous engageons dans la vallée de la Bresle. La route ne cesse d’osciller.

A la faveur d’un feu rouge le peloton se retrouve séparé en deux groupes. Respecter la signalisation c’est important, trop de cyclistes amateurs ou non en font les frais parfois en centre ville, et d’ailleurs peut être hors ville, mais le danger est présent, si pour quelques minutes grappillées on ne marque pas l’arrêt. Nous sommes donc plus d’une vingtaine à repartir dès le feu vert allumé- les autres seront devant, il en faut bien. On ne peut pas rouler cote à cote. Mais soudés c’est bien. Et c’est d’autant plus  sympathique que lorsque nous poursuivons jusqu’à Ganache, du même nom que la crème qui empli les gâteaux d’une certaine saveur, et même des petits chocolats qui fondent sur la langue, nous pouvons enfin avoir la douceur tant attendue de la pause du café gourmand …délicieux moment.

0030Bien reposé, il faut dire que nous n’avons pas bousculé notre moment  douceur partagée, nous reprenons la route sous la conduite de notre capitaine de route au grand cœur et à la chevelure qui avait fait dans la journée le plaisir des yeux de mes hôtesses du jour, Jean Jacques. Je leur avais parlé de casques, elles n’avaient pu se résoudre à l’imaginer coiffer ainsi lors des sorties cyclistes. C’était un vote entre elles. Voilà que le message discrètement est passé, Jean Jacques tu as des supportrices. Bon pour le coté vélo, comme l’une d’entre elle a tellement aimé la conférence, que c’est décidé elle va venir gonfler les rangs de nos adhérents, pour la seconde, c’est pour une raison de santé qu’elle ne pourra s’y adonner, on ne peut pas pousser sa machine sans tenir compte de ses limites……

Je ne peux écrire leurs noms, sachant qu’elles lisent mes récits et que je ne manquerais pas de les remercier en leur accordant un petit passage lors de cet écrit –elles m’ont demandé de ne pas le noter….souhait respecté.

0027Christine a des Fourmies dans les jambes et sort donc du peloton, suivi peu après par Bruno. Je suis inquiet, mais je suis encore «  père grognon « - on cherche là le cyclo rêveur et c’est avec beaucoup de douceur que j’aurais voulu leur apporté mon soutien, mais vraiment, je ne me sentais pas bien. Avec Philippe nous décidons de les rejoindre, c’est que l’on ne laisse jamais personne de coté, de cela lors d’un précédent récit je l’avais déjà mentionné. Nous formerons un quatuor c’est décidé. Le quatuor  de  l’ amicale cyclo pavillaise, laissant Jean Jacques, Sylvaine, Pascale, Henri, Jean Marc à leur rythme. C’est logique, ça coule de source…..

Après avoir remisé notre carnet de route dans une nouvelle boulangerie, nous quittons Marseille en Beauvaisis, en changeant de cap une nouvelle fois. Douceur. Puis amertume à nouveau qui ne me quitte pas, le vent me le rappelle, il nous casse la nuque. Avec la fatigue j’ai déjà tendance à avoir les cervicales qui me titillent et bien là ça m’agace et je ne doute pas que mes amis, m’en voudront quelques peu malgré leurs grandes qualités de cœur, d’écoute, et d’esprit sportif, le père grognon, c’est promis la prochaine fois, essaiera de se reposer un peu mieux, mais la tête trop remplie des évènements de la journée, je n’avais pas su  trouver le repos salvateur.

Pour atteindre Gisors, la boutonnière revêtue de sa plus belle robe faite de jaune colza et de vert’ couleur herbe fraiche ou il fait s’y bon de s’abandonner pour regarder le ciel, se laissant chatouiller par les petits brins qui la composent, la boutonnière disais je nous offre un ciel radieux. Douceur, du temps, je commence à me sentir mieux maintenant. Il m’en a fallu du temps. Elle n’est pas facile à gravir, il faut savoir faire preuve d’humilité, et ne pas se montrer trop empressés. Savourer le moment présent, sentir nos muscles sous l’effort. Ça détend.

Un nouveau feu rouge, et nous retrouvons Jean Jacques et Anthony du CC Roumois. Petite explication, comment avions nous pu arriver à les retrouver. Le rythme du groupe était trop soutenu et ils avaient donc lâché le groupe de tête un peu avant Marseille en Beauvais : sage décision, comme toujours.

A Gisors nous retrouvons Didier attablé dans un café pour sa pause déjeuné. Sans déplaisir, et même bien décidés  nous aussi à en découdre avec le ravitaillement, nous faisons de même.

0051Comme Un Chef de Gare j’annonce l’horaire de pause : 30 minutes d’arrêt avec que le départ ne soit à nouveau donné. J’attends les réactions, c’est évident : tout le monde peut donner son avis. Mais tout le monde est d’accord, pas une seconde de plus, ça nous parait bien ! Nous sommes toutes et tous sereins. Heureux de cette pause. Le repas bien qu’il puisse paraitre sans grande saveur, ne nous déplait pas pour autant, il faut savoir apprécier ce qui nous est donné, offert avec le cœur, partagé.  Le patron en fin connaisseur, et pour cause il a reconnu la marque de ma vielle bécane, s’empresse de se rendre dans sa cave pour ramener l’objet faisant toute sa fierté : un René Herse démontable : une pièce rare !!!! Un honneur qu’il nous fait là à n’en pas douter. Elle est magnifique, mes yeux brillent d’envie. Il le voit et ne peut s’empêcher de nous la laisser admirer à notre guise. 30 mn de pause ais je annoncé ? ah comme quoi la vie est pleine d’imprévus mais il faut vraiment que nous gardions notre tempo. Il va nous falloir quitter à regret ce grand Monsieur, un vrai orfèvre. C’est la tête à nouveau en mode cyclo rêveur que je repars, adieu le « père grognon » - rêver c’est ce que j’aime le plus. Sa René Herse démontable, m’a complètement conquise. Mon cœur s’est emballée en la voyant arriver. La pause était merveilleuse.  Et si le repas par fatigue m’avait semblé un brin fade, dans mon souvenir il serait automatiquement revêtu d’une bien plus belle saveur.

Il fait très chaud maintenant. Changement de temps. La vallée de L’Epte nous apporte un peu de fraicheur, à nouveau place à la douceur. Nous passons devant les jardins fleuris en ce début de printemps, les narines au vent j’hume l’air ambiant, les jardins de Claude Monet. Ses peintures sont sublimes, la réalité n’est pas en reste. Il a su capturer les instants de son présent, qui constituent aujourd’hui pour nous le passé – une envie d’y aller voir, mais preuve en est que même si nous sommes sur de formidables bécanes, elles ne nous permettent pas de remonter  le temps : quel dommage ! Il y a toujours des moments que l’on aimerait pouvoir changer, revivre, et ne plus quitter, en attendant il faut continuer d’avancer……..

Nous rejoignons le centre ville de Vernon, le cyclo rêveur est à nouveau empli de bonheur, et nous traversons la seine, afin de valider notre passage : un Kebab, on pourrait voyager un instant avec les effluves de la viande sur sa broche et des épices…….l’apposition du cachet humide est effectué. Allez il faut songer encore à escalader la cote de val Martin que nous trouvons à la sortie des Andelys, et c’est avec une certaine surprise que je vois à mon compteur, que je ne dépasse pas les 10km/heure, est ce qu’il  y aurait un problème, ou est ce qu’à force de rêver me voilà devenu une véritable statue de sel, immobile ou presque. Non c’est ma  veille bécane qui n’a plus de jus, elle est fatiguée, réclame de la ménager, j’irais au rythme auquel je peux rouler, après tout pourquoi vouloir tant se presser, si la bécane me lâche ce sera pire.

La côte de Jacques Anquetil, un défit qui nous attendait à Romilly sur Andelle. Une cote de 3600 m ! on dit souvent que lorsqu’on l’entreprend au début on se dit qu’on n’y  arrivera pas en haut, au milieu on devient plus entreprenant, la moitié c’est déjà fait, et qu’ensuite une sorte d’adrénaline ou d’endorphine, bien connues de ceux qui vont au-delà de leur seuil de tolérance numéro 1, nous permet d’arriver en haut et tels de véritables vainqueurs nous avons envie de crier «  hauts les cœurs «  . C’est à  la Neuville chant d’Oisel que Jacques Anquetil a vécut jusqu’à sa mort – il avait trouvé en cet endroit la paix, la sérénité, l’endroit ou se poser, après avoir tant sillonné les routes de France, c’était pour beaucoup un «  grand bonhomme » et rouler là ou lui-même l’avait fait , ça donnait de bons frissons. 

Tous les 600 mètres comme l’indique d’ailleurs les guides touristiques virtuels que l’on trouve aisément sur internet, on peut apercevoir un panneau avec le nombre de kilomètres parcourus, et une image du coureur cycliste sur son vélo, c’est d’autant plus motivant !!!!!

Beau 300 en vérité ! Et douceur de la vie retrouvée ! L’amertume de la fatiguée envolée. Le cœur juste un brin serré par mon petit coté grognon , mais l’homme est faible, que peut on y faire ? J’ai ce coté un peu enfantin, d’un naturel joyeux, je passe parfois par des moments plus bougonneurs ;, c’est dit : il me faudra redorer mon blason, pour toutes ces bonnes raisons : rouler en compagnie, c’est savoir dialoguer sans juger, sans râler, sans gâcher le plaisir des autres, et savoir aller de l’avant en anticipant le futur sans oublier le présent.

Boos nous permet de rejoindre le centre ville de Rouen. Nous sommes donc de retour au point de départ. Et c’est avec le plus grand plaisir que finalement nous nous posons un instant, en silence, fiers intérieurement de l’avoir fait notre 300. Vivement désormais le 400, aucune inquiétude votre cyclo rêveur est de retour.

De belles pensées s’envolent à ce moment là vers toutes celles et ceux qui lors de la conférence m’ont indiqués qu’à l’écoute des intervenants, il s’en aurait fallu de peu qu’ils se joignent à nous. Mais n’oublions pas que ce genre de brevets se prépare, et qu’il ne suffit pas d’être de bonne volonté pour réussir, il faut aussi savoir préparer sa bécane, éclairage, sacoche pour le ravitaillement (bien  pratique quand les commerces sont fermés ) – petite gourde bien remplie, etc….. Je profite donc de la fin de mon récit pour rappeler à toutes et tous, que la plaquette de Daniel Jacob est à la disposition de toute personne en faisant la demande. Pour celles et ceux qui étaient présents lors de la conférence, celle-ci sera dans vos boites mails, pour toutes les coordonnées de nos intervenants, vous pourrez également me demander de vous renvoyer les plaquettes supports de samedi dernier. ( par mail et si je ne vous réponds pas dans l’instant soyez en assurés c’est que je serais sur ma vieille bécane un petit moment – mais je n’en oubli jamais personne pour autant )

A très bientôt

Le cyclo rêveur. 

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